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Mon âme contre la tienne.

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Hikari Hakumei
La Lumière Céleste †





Forget these empty lies.

▐ Ton Age : 24 ▐ Rp : 0
Féminin « Messages » : 1555
« Two Perso » : Lust.
« Situation » : Yes Rp


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Level Rise_: Rang C
Souvenir/Pouvoirs/Innocence_:


MessageSujet: Mon âme contre la tienne. Jeu 28 Oct - 7:22

  • Toi et moi, Meian, c’était l’une de « ces choses qui n'existent jamais tant que le vide qu'elles ont laissé. » C’était plus beau que tout ce que je n’ai jamais pu avoir. Et les choses les plus belles sont toujours celles qui se fanent prématurément.

    &

    Look into my eyes - you will see
    What you mean to me
    Search your heart - search your soul
    And when you find me there you'll search no more

    Don't tell me it's not worth tryin' for
    You can't tell me it's not worth dyin' for
    You know it's true
    Everything I do - I do it for you

    Look into your heart - you will find
    There's nothin' there to hide
    Take me as I am - take my life
    I would give it all - I would sacrifice.


    Ses pas emplissaient d’un son lourd les rues qu’elle arpentait. C’était un spectacle assez dérangeant que de voir cette frêle jeune fille se promener d’un air absent dans les quartiers les plus malfamés de la capitale anglaise. A vrai dire elle était persuadée que le véritable danger ne viendrait pas des petits meurtriers sans pouvoir qui ne connaissaient que le tranchant d’une lame tandis qu’elle, elle savait maitriser l’arme divine. Mais n’était-ce pas quelque peu imprudent de garder les yeux baissés alors qu’elle savait parfaitement qu’une créature obscure trainait dans les environs ? Et si encore il n’y en avait qu’une… Les akumas se cachaient partout, même là où on ne les attendait plus. Sans l’œil d’Allen Walker elle n’aurait pas été surprise que l’un d’entre eux vienne se loger parmi les membres de l’aile scientifique. Bien, il fallait savoir qu’aujourd’hui elle n’était pas le moins du monde motivée pour sa mission. Tuer des akumas, elle s’en moquait totalement désormais. Bien qu’elle ait eu un peu de mal au début à voir son innocence trancher et annihiler ainsi ces corps monstrueux, désormais elle n’y prêtait plus réellement attention. S’attaquer à des Noah devenait tout de suite plus compliqué. Après tout, n’étaient-ils pas la nouvelle fratrie de sa… sœur ? Mais elle pouvait y arriver.

    Heureusement, elle n’avait jamais eu l’occasion d’arriver jusqu’à de telles extrémités. Les Noahs étaient bien trop durs à tuer. Elle doutait d’avoir le dessus dans un combat contre sa sœur. Certes, elle avait progressé depuis leur dernière rencontre, mais nul doute que Meian aussi.
    Ce n’était pas bon. Elle devait cesser d’accorder de l’importance au lien qu’il y avait eu entre elles. C’était fini. Pourquoi était-ce si dur de se mettre cela dans la tête ?

    Tuer un Noah n’était pas simple pour elle. Tuer sa sœur lui serait intolérable. Mais aujourd’hui on lui demandait de tuer une alliée. Une ancienne alliée du moins, qui avait rejeté cette arme qu’on lui avait jeté entre les mains. Par la faute d’un fléau qu’on se plaisait à appeler Destin. A moins que cela ne soit simplement le Dieu pour lequel ils se battaient tous. La Congrégation comme le Comte, bien que celui-ci prôna un Dieu bien différent du leur. Hikari ne pouvait se résoudre à combattre une rejetée. Pas alors que celle-ci serait de toute façon rapidement dévorée par sa propre innocence, après avoir gouté à la folie. On lui avait dit que cette adolescente n’avait pas trahie. Elle ne s’était pas alliée aux Noahs, elle n’avait pas supplié qu’on la laisse en vie en offrant des informations en échange. Non, elle s’était contenté de haïr lentement son innocence, au fur et à mesure que ses yeux découvraient de nouvelles horreurs. Des expériences macabres que menait leur camp pour gagner cette guerre d’une manière pas toujours très honorable, à ses mains baignant dans le sang ennemi. Elle avait trouvé les Noahs humains. Avait hésité à abattre des akumas parfois très convaincants. Et avait haï l’arme qui l’avait jeté dans ce conflit dans lequel elle n’était rien qu’une poussière balayée par un vent trop fort pour être contré.

    L’innocence ne pardonnait pas. Elle avait rejeté sa compatible, la rendant folle et dangereuse. Désormais celle-ci courrait dans les rues de Londres, déterminée à détruire les exorcistes qui maniaient encore cette arme divine et pècheresse. Hikari pouvait imaginer sans la moindre difficulté le plaisir que devaient prendre les Noahs à observer leurs soldats se retourner contre eux. Et bien entendu c’était une exorciste que l’on envoyait pour en tuer une autre. Faire rapidement le ménage pour que le danger soit éliminé. Mais elle avait peur de devoir tuer une personne qu’elle avait sans doute croisée plusieurs fois dans les couloirs. Une personne qui avait pensé comme elle. Mais Hikari n’en était pas encore venue à haïr son innocence. Pas encore. Elle craignait simplement que cela ne lui arrive un jour. Il suffisait sans doute qu’elle refuse un combat à mort contre Meian pour que son innocence s’empare de son cœur. La meilleure solution pour l’instant était peut-être d’agir sagement, de détruire l’obstacle, et de continuer comme si de rien n’était. Ne rien confier à personne de ses peurs. Pas même à ceux qu’elle aimait profondément. Pas même à ceux qui savaient tout d’elle.

    Plongée dans ses pensées, elle n’entendit pas le bruissement sec qui retentit derrière elle, bientôt masqué par le bruit de ses propres pas, moins légers qu’à son habitude, rendus pesants par le désespoir qui s’était jeté sur ses épaules. Ses cheveux noirs s’agitèrent au gré d’une faible brise, et elle passa sa main dedans, tentant d’organiser un peu la tignasse sombre afin que celle-ci daigne épargner ses yeux. Pourquoi ne cherchait-elle pas vraiment ? Pourquoi se contentait-elle d’attendre avec fatalité que le danger lui tombe dessus ? Par crainte. Par lassitude aussi. Comme chez beaucoup en ce moment, son moral était au plus bas. La guerre durait depuis trop longtemps, et elle se sentait lentement gagnée par le désespoir qui stagnait entre les murs de leur quartier général. Sa situation n’était pas des plus faciles. Elle détestait savoir qu’alors qu’elle avait enfin trouvé des personnes auprès desquelles elle voulait rester éternellement, son innocence continuait de lui ronger le cœur. De plus, même si elle avait du mal à se l’avouer, elle souffrait perpétuellement de l’absence de sa sœur. Et craignait autant qu’elle attendait avec impatience leur prochaine rencontre. Leur prochain affrontement, sûrement. Un soupir désabusé se transforma en fumée en rencontrant l’air glacé. Elle enfouit les mains dans ses poches. La Congrégation avait décidé qu’il fallait mieux lui faire des vêtements qui couvraient toute sa peau, même si elle devait les détruire lors d’une activation trop rapide de son innocence. Apparemment les scientifiques tentaient encore de rendre l’étoffe invulnérable au crépitement blanchâtre que faisait naître son arme. Mais pour l’instant ils essuyaient échec sur échec. Un jeune homme lui avait glissé avec espoir qu’il espérait qu’elle penserait à remonter ses manches avant de se battre. Il était bien naïf. Elle avait heureusement de la chance ; sous forme d’aura, sa lumière ne brûlait pas ses vêtements. Sinon, elle n’aurait pas pu utiliser sa protection préférée en ayant le cœur tranquille. D’ailleurs, elle aurait du l’activer en cet instant précis. Cela aurait été préférable.

    De nouveau un craquement sec retentit derrière-elle, et elle eut enfin l’idée de se retourner pour vérifier si on ne la suivait pas. Ah. Et bien la rejetée n’avait pas pris la peine de se cacher. Elle lui adressa un sourire un peu vague, alors que le regard froid de la jeune Hakumei se faisait horrifié. L’innocence avait du se trouver dans le bras – un cas classique chez les symbiotiques – et celui-ci était atrocement déformé. Les os paraissaient s’être tordus dans des positions improbables, tandis qu’une multitude de lame naissaient de la chair avant de disparaître quelques secondes plus tard. L’ennemie était incontestablement jeune, mais son rictus haineux lui donnait un air sombre et presque solennel.
    « Je te hais. »

    Hikari pencha la tête sur le coté, peu surprise d’entendre ces mots. Et à vrai dire, elle en avait l’habitude.

    « Ah oui ? Pourquoi ?
    - L’innocence. Je hais l’innocence.
    - Hm. Bien entendu. J’aurais du m’en douter. »

    Remontant ses manches par égard pour ce pauvre scientifique, elle activa son innocence, crispant sa main alors que la douleur envahissait son cœur. Le regard de sa nouvelle ennemie s’égara sur ses doigts serrés. Hikari en profita pour la dévisager. Oui, elle l’avait en effet croisée dans les couloirs autrefois. Ses cheveux étaient sales et emmêlés, mais elle se rappelait parfaitement de ce blond cendré parfois un peu terne. Les yeux, en revanche, avaient du déborder d’énergie et de sentiments. Mais ils étaient désormais vides, semblables à des cendres balayées par le vent, bien qu’un flot de haine y passât de temps en temps. Comme à cet instant, alors qu’elle voyait la lumière dévaler le poignet de Hikari pour modeler une arme.

    « Tu sais, toi aussi un jour tu comprendras.
    - Je ne vois pas pourquoi. » se contenta de répondre Hikari, dans un soupir qu’elle voulait lassé, alors que l’angoisse s’insinuait à nouveau dans tout son être.

    Une lame voleta. Ses yeux s’écarquillèrent, pourtant, elle n’eut pas le réflexe naturel de s’écarter. Au dernier moment, elle fit un pas sur le coté. Cependant, elle ne put empêcher l’objet d’heurter sa joue dans sa course tournoyante. Un filet de sang coula sur son menton, et elle eut un rire rauque.

    « Parce que tu me ressembles. Tu n’as pas ta place ici non plus. Et l’innocence le verra un jour ou l’autre. »

    Tremblement. Le pire était sans doute qu’elle était convaincue au plus profond d’elle-même que son ennemie avait raison. La voix était tellement enjôleuse qu’elle sentit ses mains reposer contre son corps, inutiles. Devait-elle se battre ou continuer d’écouter, simplement, les paroles de la rejetée ? Apprendre peu à peu ce que serait son avenir, et voir ses pires craintes se matérialiser sous la forme de quelques mots ?

    Une ombre de plus vint emplir les ténèbres de la ruelle. Et Hikari leva maladroitement la main, tentant de se défendre contre cette innocence informe qui se dressait contre son ancienne alliée. La lumière vacilla sans s’éteindre, pourtant la jeune exorciste sentait dans tout son corps raidi qu’elle ne ferait pas long feu. Ainsi le désespoir qui figeait ses membres ce soir allait entrainer sur la Lumière Céleste la mort qui depuis trop longtemps la recouvrait de son obscurité.


    Sound the bugle now... play it just for me
    As the seasons change... remember how I used to be
    Now I can't go on...I can't even start
    I've got nothing left... just an empty heart.

    I'm a soldier... wounded so I must give up the fight
    There's nothing more for me... lead me away
    Or leave me lying here

    Sound the bugle now... tell them I don't care
    There's not a road I know that leads to anywhere
    Without a light, I fear that I will stumble in the dark
    Lay right down and decide not to go on



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MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Dim 31 Oct - 11:18

Don't become a ghost without no color, cause you're the best paint life ever made.


Musique.

Like a target drawn across my chest
She's a bullet in Russian Roulette
You said you'd never turn your back on me
(Rescue me, rescue me)
Would you stand by me or bury me ?
(Bury me)
Why don't we end this lie,
I can't pretend this time
I need a friend to find, my broken mind,
Before it falls to pieces.

Every time you try to leave me blind
You'll never close my eyes
You'll never close my eyes and watch me die.


L’autre moitié de ce cœur égaré avait choisit de déambuler un peu plus près du ciel. Ses pas arpentaient habilement les toits des maisons londoniennes, ainsi elle pouvait observer les étoiles sans gène. Elle ne doutait pas un seul instant que sa balade nocturne, sa chasse aux petits cubes lumineux, l’avait mené si près de la seule personne qu’elle ne pouvait voir. Ce n’était pas une question de volonté. Du moins, ça avait dépassé ce stade. Il s’agissait maintenant d’une question de survie. Et pourtant, elle ne pouvait vivre sans elle quelque part sur ce monde. Elle se trouvait dans le cœur de la malédiction que leur complicité était devenue, et elle ne pouvait s’en échapper. Il est de ces choses qu’on ne peut pas changer, malgré toute notre volonté. Des choses si intenses et gigantesques que l’esprit n’ose même pas essayer de s’en approcher. Ce qu’était devenue leur ancienne connivence était aggravé par cette différence qui les avaient séparées au plus profond de leurs êtres et de leurs cœurs. Si elles n’avaient pas changé de peaux, de regard sur le monde, si elles avaient conservé le point de vue qui leur été autrefois commun, alors il y aurait eut de grandes chances pour que leur histoire finisse bien. Mais cette moitié de cœur que le hasard avait nommé Meian, perdait son espoir comme un oisillon perd son duvet. Et les grandes et belles plumes qui la recouvraient petit à petit était d’un noir intense. Un noir qui reflétait ce qu’elle était devenue.

Et ce petit corbeau avait peur. Qui ne serait pas terrifié ? Elle levait ses deux mains devant elle, dévoilant ses paumes vers le ciel, et subitement ces mains ne semblaient pas lui appartenir. Alors ses doigts se posaient sur ses joues qu’elle trouvait froides. Elle redessinait son visage en se cherchant parmi ses traits. Et puis son poing se refermait sur ses mèches ébènes, qu’elle balançait vivement dans son dos. Laissant tomber ses bras, ses yeux fixaient ses pieds. Alors elle dansait sur les tuiles glissantes des toits. Elle virevoltait sur elle-même, progressant sur son chemin invisible avec des allures de danseuse. Elle sentait la dentelle de sa robe sur la peau pâle de ses jambes, et ce toucher lui donnait une consistance. Elle avait des bras, des jambes, et elle bougeait. C’est pourquoi elle continuait à chasser les songes moqueurs qui la fuyaient avant même qu’elle ne puisse les voir, au point où elle ne chassait que des sensations et des fantômes de souvenirs qui la hantaient sans frôler ses yeux. Tout était enfuit bien plus loin. Tout était quelque part, sous les nappes qui recouvraient sa vie ancienne, voir sa vie tout court.

Mais une moitié de cœur n’oublie pas. C’est pourquoi le visage de sa sœur était plus familier que le sien, bien que de moins en moins. Elle voulait le figer, car s’il changeait, elle serait perdue. C’est pourquoi elle avait peur du temps, et de sa propre immortalité. Ce temps lui volait tout ce qui pouvait la ramener à son enfance et à elle-même ; les traits sur le visage de sa sœur tel qu’elle les avait laissés. Son immortalité était la promesse ultime de sa peine et de sa souffrance. Cette immortalité, contre toute attente et toute logique, assurait sa mort. Mais il n’y avait pas de place pour la logique. Il y est des fois où les sentiments sont plus forts. Hikari croyait-elle qu’elle ne ressentait plus rien, maintenant qu’elle n’était plus humaine ? Pensait-elle qu’elle avait enterré avec ses couleurs et sa voix tout ce qu’elle avait autrefois offert comme amour et comme haine ? Meian voulait lui prouver le contraire d’une manière ou d’une autre. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était si blessée, si perdue, chancelante sur la main de la raison. Une main qui la faisait chanceler mais qui la rattrapait toujours lorsqu’elle croyait tomber… pour son plus grand malheur. Si seulement elle pouvait fausser compagnie à ses griffes qui ne voulaient pas la lâcher ! Elle aurait voulu abandonner. Seulement, il lui était impossible de vivre sans sa sœur, tout autant qu’il lui était impossible de vivre avec elle. S’éteindre n’était pas une option. Elle ne voulait pas s’éteindre seule, encore moins sana avoir approché sa sœur une dernière fois, pour lui glisser quelques mots. Elle voulait rester présente, dans l’ombre, pour observer son progrès. Son détestable progrès. Car elle avait beau vivre pour sa sœur, elle la haïssait. Vivre pour haïr quelqu’un était difficile. Si son seul rattachement était la haine, elle ne pouvait que douter inlassablement, et jeter des coups d’œils piteux derrière ses frêles épaules pour se sentir en sécurité. Oui, elle haïssait sa sœur. Et elle haïssait l’innocence qui avait ravagé son cœur. Pour elle c’était déjà fait. Le cœur était déjà en lambeaux. Il ne faisait qu’attendre que l’horloge de son pacte sonne pour que la lumière le consume entièrement. Pour Meian, l’acte s’était déjà achevé. Le cœur s’était abandonné à la lumière. Il était faible. Misérable. Il était fragile. Et ses plumes ne pouvaient le bercer sans se faire brûler. Ce cœur était une étoile resplendissante mais mortelle. Ce cœur était la chose qui se plaçait entre la vision de Meian et ses vœux irréalisables. On ne peut ranimer quelqu’un qui est déjà vide de son sang. Non, Meian n’aimait pas l’innocence. Il y avait d’innombrables autres choses qu’elle n’aimait pas, à défaut de les aimer, mais que son indifférence suffisait à juger.

Une voix retentit dans ce quelle croyait être le silence. Les âmes humaines s’étaient assoupies, alors que les étoiles rayonnaient de leur perchoir lointain. Cette nuit, c’était la nuit des monstres, qui s’étaient réveillés au clair de lune. Meian déambula les toits avec un peu plus de véhémence. Et le murmure qu’elle avait entendu s’élevait un peu plus fort…

Je te hais.
Je hais l’innocence.
Parce que tu me ressembles.


Elle se figea et faillit trébucher. Elle porta ses deux mains à son cou et observa un point fixe dans ce qui n’était rien, si ce n’est les méandres de son passé. Se revêtant d’un peu de courage, elle franchit le dernier toit qui la séparait du spectacle, et lorsqu’elle eut rejoint sa loge, elle agit sans réfléchir, guidée pas une étrange impulsion.

Elle disparue.

Deux ailes s’extirpèrent du sol, de chaque côté de l’exorciste qui avait rejoint le sol. Elle s’élevèrent comme un rêve vers le ciel étoilé, avant de se ployer subitement sur la jeune femme, l’enveloppant entièrement dans une cage d’ombre, mais sans oser la toucher. L’innocence de la rejetée s’abattu sur la consistance curieuse des plumes, qui ne la laissa pas traverser. Une silhouette s’en extirpa après un moment d’hésitation. Cette silhouette était Meian. Elle leva un bras et une main aux griffes acérées s’extirpa du sol pour se diriger vers la rejetée. L’innocence de cette dernière s’acharna sur la main qui s’effondra. La nuit était toujours un avantage pour Meian. Mais elle n’en était pas invincible pour autant. De plus, elle ne parvenait pas à se concentrer. Ses pupilles bleutées ne cessaient de revenir derrière elle. Elle venait de rejoindre le camp de sa jumelle pour une nuit. Mais elle ne savait pas comment réagir avec elle. Elle avait tellement prévu ce moment, elle y avait rêvé et cauchemardé si souvent… pourtant elle était complètement perdue. C’est pourquoi elle ne voulait pas retirer ces ailes qui s’étaient ployées sur sa moitié, pour ne pas voir ce visage si familier qui ne pouvait que la déstabiliser. Et elle ne pouvait être déstabiliser. C’était probablement son plus gros défaut, car son pouvoir réagissait sous l’influence des émotions. L’innocence de la rejetée s’attaqua à elle, alors Meian disparue à nouveau dans l’ombre pour réapparaître derrière. Une lame grisâtre et courbée naquit sur son bras, et elle s’élança vers le dos de la rejetée. Elle fixa sa nuque, et de toute évidence elle n’entendait pas la Noah du silence qui s’apprêtait à l’abattre.

Quelle fut sa surprise lorsque, de sa propre volonté, l’innocence de la rejetée vira sur elle et lui asséna un coup foudroyant qui la propulsa contre le mur le plus proche ! Le choc était tel que la fine couche d’ombre qu’elle fit apparaître avant l’impact brisa le mur en s’y enfonçant, et n’empêcha pas aux blessures d’être présentes. La frêle adolescente se laissa glisser jusqu'au sol, où un maigre sourire flotta sur ses lèvres… avait-elle été idiote ? Aurait-elle du se douter que l’innocence s’en prendrait à elle de son propre chef ? Aurait dut-elle savoir que cette innocence lui gâcherait à jamais son existence… ? Elle soupira. Entre les mèches ténébreuses qui encadraient son visage, elle vit les ailes protectrices qu’elle avait déployées s’évaporer vers le sol. Son sourire se brisa en une moue presque peureuse, où se mêlait un soupçon de dégoût. Elle se redressa vaguement, lorsqu’elle sentit l’approche de la rejetée. Elle leva les yeux et observa l’humaine qui avait renié toute complicité avec son arme, et cette image l’effraya. Cette image lui annonçait que jamais elle ne pourrait libérer Hikari de son fardeau, et cette idée l’étouffait intérieurement. Elle en suffoquait, car elle ne savait absolument plus quoi faire. Elle ressentit un élan de compassion, du moins la miette infime qu’elle pouvait offrir à cette créature, pour avoir combattu ce présent dit divin qui avait du la faire souffrir. Un filet de sang coula le long du menton de la Noah. Elle l’essuya du revers de la main et s’affala sur le sol qui l’avala… La nuit était véritablement son meilleur terrain de jeu.

On pouvait considérer ce geste comme une fuite. Elle ne fuyait pas la rejetée, qui malgré son haut niveau ne faisait probablement pas le poids face à une immortelle. Non, Meian fuyait quelque chose qu’elle trouvait beaucoup plus dangereux. Sa sœur. Sa sœur était sa peur et en cet instant son plus gros danger, car elle ne pouvait lever la main sur elle dans le but de la blesser. Pourtant sa haine lui en donnait parfois envie. Mais jamais elle ne s’en sentirait satisfaite. Qu’Hikari meurt d’une manière où d’une autre… Meian vivrait sa perte comme une deuxième mort. Comme si le feu fragile de sa vie allait perdre encore plus de sa ténacité et de sa piètre lumière.

Alors pourquoi réapparut-elle où la clarté des étoiles pouvait l’atteindre ? Pourquoi marchait-elle le dos droit, sur des demi-pointes ? Ses yeux ne fixaient ni sa moitié, ni la rejetée, mais elle était là, éblouissante une fois qu’on prenait conscience de la tornade qui ravageait son esprit. Mais elle ne tremblait pas, et même si c’était un exploit, elle était fière d’arriver à croire que c’était tout à fait normal.

I climb, I slip, I fall
Reaching for your hands
But I lay here all alone
With my undying breath

If I could find out how
To make you lisen now
Because I'm starving for you here
With my undying love and I, I will

Breathe for love tomorrow
'Cause there's no hope for today.


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Hikari Hakumei
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MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Mar 23 Nov - 8:17

    S'il te plait prends ma main
    Ne te fais plus attendre
    Il est temps de s'étreindre
    Il est temps de s'éteindre
    Une dernière cigarette


    Spoiler:
     



    Ses yeux observaient maintenant avec une peur naissante la rejetée qui fondait sur elle.
    Sa main levée dans une protection risible s’effondra alors que les ténèbres l’enveloppaient. Perdue dans la nuit, elle pouvait presque croire qu’elle était morte. Seulement, Hikari ne faisait pas partie des innocents qui s’imaginent que la mort arrive doucement, sans faire couler le sang ni les larmes. On ne se contentait pas de s’évanouir dans la nuit, lorsque tout était terminé. Ou alors, on était véritablement chanceux. L’exorciste, bien malgré elle, avait pu observer les lentes agonies des exorcistes. Entre ceux qui, terrorisés, observaient fleurir sur leurs peaux les étoiles noires avant d’exploser en poussière, et ceux qui s’affalaient contre le sol, le ventre déchirée par une lame taquine, elle n’avait jamais vu leurs yeux s’apaiser dans une obscurité bienfaisante. La rejetée ne l’avait pas tué. Elle n’avait pas senti de choc douloureux. Les multiples lames n’avaient pas dévoré sa chair. Ses doigts se tendirent à tâtons, et elle sentit la trainée de sang sur sa joue. Oui, elle était vivante. Alors, pourquoi était-elle plongée dans le noir ?

    De nouveau, elle tendit le bras devant elle. C’était doux, comme la fourrure d’un animal magnifique. Non. Comme le plumage d’un immense oiseau. Soupirant, sans savoir si le sentiment qui bondissait dans sa poitrine était plus de l’espoir que de la crainte, elle devina au moins qu’un allié inattendu était intervenu en sa faveur. Et elle savait. Elle savait car depuis toujours elle avait su repérer la présence de sa sœur même au milieu de la foule qui constituait auparavant les réceptions ayant lieu dans leur demeure. Des ailes de corbeau, hein ? Cet animal funèbre qui s’était attaché aux pas de sa sœur, allant jusqu’à s’infiltrer dans les pouvoirs de la Noah. Un soupir lui échappa, alors qu’elle fermait les yeux douloureusement. Alliées d’un soir. Pour quelques minutes seulement. Meian ne pouvait pas la sauver par amour. Simplement par nostalgie pour cette enfance qu’elles avaient partagée. Un Noah oubliait les souvenirs de sa vie passée lorsque le souvenir de Noé se réveillait en lui. Hikari ne devait plus signifier grand chose pour sa sœur jumelle. Le lien de sang était faible face à cette guerre. Peu importait qu’elle ait aimé sa sœur plus que sa vie elle-même. Après tout, l’innocence avait été plus forte que leur amour. On avait emmenée Hikari, et elle avait cru naïvement que sa moitié l’attendrait. Seulement, elles s’étaient éloignées plus encore. Et l’Aube Vengeresse ne l’avait jamais libérée. Jamais elle n’avait pu revoir sa famille. Avant ces retrouvailles à Rome, lorsque son cauchemar était devenu réalité.

    Et cette fois ? Etait-ce un rêve, ou un songe qui une fois de plus l’emportait vers le chaos ? Le bruit la rattrapa. Elle crut percevoir un bruissement sourd. Ses deux ennemies bien différentes s’étaient heurtées. Il se passa quelques secondes douloureuses, et la lumière se projeta de nouveau dans ses yeux. Les ailes se fondirent dans le sol, et elle cligna des yeux, un peu hébétée. Son regard se posa sur un corps qui ne daignait pas s’intéresser à elle. Sa sœur ne la fixait pas, mais dans ses iris bleutés une lueur de crainte palpitait. Malgré cet éloignement que le destin, ou que Dieu peut-être, avait dressé entre elles, Hikari parvenait encore à déchiffrer parfaitement son regard. Quand elles étaient jeunes, les émotions se lisaient bien plus sur leurs visages ouverts. Mais quand la société et ses règles absurdes avaient posé leur main ferme sur leurs épaules, elles avaient appris à se tenir, et parfois, leurs yeux avaient été leur seul moyen de communication. En voyant cette silhouette échouée contre un mur, la jeune exorciste fut agitée d’un frisson, et un cri s’échappa de ses lèvres qu’elle avait pourtant serrées en espérant savoir se taire.

    « Meian ! »

    Non, relève-toi, éloigne-toi de ce monstre. L’innocence allait la ronger, elle ne pouvait plus contrôler ses gestes. Désormais, elle était simplement dangereuse, et Hikari ne pouvait supporter de voir sa moitié se trouver ainsi à la merci d’une rejetée. Un filet vermeil acheva sa course sur le menton pâle de Meian. Et la jeune Noah disparut.

    Un tremblement agita son être tout entier. Et elle s’avança d’un pas vers la dangereuse créature. Alors qu’elle allait activer son innocence, sa sœur réapparut non loin. Elle étrécit les yeux, incroyablement soulagée. Cependant, son cœur s’agita douloureusement. L’innocence en elle réagissait-elle à cette présence étrangère et pourtant tellement familière ? Oh, cela aurait pu être Meian, qui se serait trouvée ici avec une innocence au plus profond de son corps. Enfouie dans son sang. Dans cet organe vital qu’elle ne pourrait jamais arracher. Cela aurait du, même. Pourquoi avait-on choisi la plus faible d’entre elles pour se battre ? Pourquoi celle qui ne savait que fuir ou se cacher dans les bras de sa sœur ? Il était tellement cruel d’envoyer une fragile poupée se faire briser dans un monde de haine et de désespoir, alors qu’elle peinait déjà à avancer sereinement quand les choses étaient vraiment plus simples, quand sa seule préoccupation était de savoir comment forcer le monde à la laisser rester à jamais avec sa sœur, au lieu de partir fonder une famille avec un homme qu’elle n’aimerait sans doute pas. C’était bien Hikari, qui tremblait sans le vouloir, face à une ancienne alliée, et face à une ancienne sœur. Hikari, et personne d’autre.

    Et en cet instant précis, elle ne voulait pas se battre. Cela aurait été plus simple de laisser la lame la pourfendre, si elle n’avait pas eu aussi peur de la mort alors qu’elle revoyait enfin Meian. Car non, la mort elle-même ne parviendrait pas à les réunir, et cette pensée lui déchira les entrailles.

    « … Tu n’as pas besoin de rester. »

    Elle s’était arrêtée, avant que le prénom tant aimé ne lui échappe. Pourtant, elle ressentait le besoin de le crier, encore et encore. Mais cela serait reconnaître que Meian hantait toujours son cœur. Qu’elle n’avait pas réussi à oublier ce prénom, ou mieux, à le haïr profondément. Il y avait toujours eu la Lumière, et le Clair Obscur. Parfaite destinée. Meian et ses ombres, Hikari et son innocence foudroyante. Mais plus jamais de jumelles.

    - Au fait, on a jamais parlé de nos avenirs, je veux dire, nos deux avenirs.
    - Nos deux avenirs hein ?Tu vois moi spontanément j'aurais dit notre avenir, mais faut croire que le présent devrait me suffire.


    Non… plus jamais de jumelles. Si Hikari mourrait, elle gouterait peut-être à un repos bien mérité. Dieu se pencherait quelques secondes sur elle pour la remercier de s’être battue pour lui. D’être morte pour lui. De n’avoir existé que pour quitter cette terre. Mais Meian ne la rejoindrait pas. La Noah vivrait éternellement, au final insensible aux lames qui pourraient la transpercer. C’était sans doute naturel. Elle n’avait jamais été faite pour vivre longtemps. Perpétuellement insatisfaite de sa vie, on l’avait laissé gouter à l’aventure pour mieux mourir quelques semaines plus tard. Au moins aurait-elle servie à quelques choses puisqu’elle ne savait pas comment être heureuse. C’était terminé pour elles. Leur osmose prenait définitivement fin maintenant que Hikari réalisait ce qu’il en était. Elle avait cru qu’un jour peut-être, après la guerre, elles pourraient se retrouver, et être heureuses. Mais la victoire d’un camp annoncerait la destruction totale du second. Si l’une triomphait, l’autre périssait. C’était aussi simple que ça. Son regard bleuté vacilla, cherchant celui de sa sœur. Elle n’avait jamais voulu tout ça. Pourtant, cela arrivait.

    Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres, mais ce n’est pas à eux de le décider. Tout ce que nous pouvons décider, c’est que faire, du temps qui nous est imparti.

    Meian, Meian, Meian. Elle ne voulait pas être détestée. Mais elle voulait être capable de le faire. C’était tellement dur de marcher ainsi dans des sables mouvants dans lesquels elle s’embourbait chaque jour un peu plus. La douleur palpitait dans ses iris. Aussi, elle ne put éviter la nouvelle lame volante, qu’au dernier moment. Un trait de feu heurta son bras, et, consciente de son imprudence, elle força son aura lumineuse à se faire intense. Tant pis si cela devait déranger sa sœur. Ce soir, elles étaient alliées pour quelques secondes. Et peut-être pourrait elle effleurer les croix à son front, comme elle aurait du le faire à la place du Comte ce soir là. Si elle avait su être présente.

    « Cette rejetée peut vous être utile, alors, si tu veux, tu peux te contenter d’attendre la fin du combat en observant, tu verras ensuite que faire du survivant. »

    Sa voix était amère, là où elle aurait du être accusatrice. Elle s’en voulait également. Si elle n’avait pas fuie ce jour là… si elle n’avait pas accepté sagement de devenir exorciste, vivrait-elle encore heureuse ?

    Sans doute pas.

    Ne cherchant plus à réfléchir, elle ferma les yeux, laissant des filaments de lumière voyager à travers les yeux, pour vampiriser l’énergie vitale de son ennemie. Pendant ce temps, un oiseau de lumière s’échappa d’entre ses mains. Elle ne remarqua même pas qu’une fois encore l’animale était un corbeau blanc. Cette habitude, elle l’avait prise après ses retrouvailles avec Meian, tentant de la forcer à vivre quelques instants près d’elle, lorsqu’elle devait se battre pour sa vie. Il était tellement réconfortant d’imaginer la présence amie de sa sœur d’âme, lorsque le moment de mourir planait au dessus de sa tête. Mais ce n’avait pas été le bon instant pour afficher sa faiblesse. Pas alors que la Noah se trouvait si près. Tellement proche. Et tellement inaccessible.

    « Tu es comme moi... comme moi... Morte à l'intérieur. Tue l'innocence.»

    Et un long frisson fit trembler son corps. Son âme.

    L'éphémère devienne
    Eternité

    J'aurais aimé t'aimer
    Comme on aime le soleil
    Te dire que le monde est beau
    Que c'est beau d'aimer
    J'aurais aimé t'écrire
    Le plus beau des poèmes
    Et construire un empire
    Juste pour ton sourire
    Devenir le soleil
    Pour sécher tes sanglots
    Et faire battre le ciel
    Pour un futur plus beau
    Mais c'est plus fort que moi
    Tu vois je n'y peux rien
    Ce monde n'est pas pour moi
    Ce monde n'est pas le mien
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MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Lun 3 Jan - 5:51

Spoiler:
 

« Cette immortalité, contre toute attente et toute logique, assurait sa mort. Mais il n’y avait pas de place pour la logique. Il y est des fois où les sentiments sont plus forts. Or, si son seul rattachement était la haine, elle ne pouvait que douter inlassablement, et jeter des coups d’œils piteux derrière ses frêles épaules pour pouvoir se sentir encore en sécurité. »

« Cet esprit ordinaire est brisé
C’est ton œuvre mais tu l’ignores
Me laissant avec des mots imprononcés
Or chaque syllabe vaut de l’or
Et même si nos esprits sont foutus
Il y a quelque chose que je dois te dire
Ceci n’est pas la vie que j’ai voulu
Tu ferais mieux de partir

Je ne suis pas en colère
Je ne sais pas quoi faire
Après toutes ces années passées avec toi
Je ne peux accepter ces nouvelles lois
Je voudrais les détruire mais elles me tuent
Non ce n’est pas la vie que j’ai voulu.
»

    Son prénom. Son prénom prononcé par la seule voix qui le rendait important. Le bruit de son identité porté par le souffle qui lui donnait vie. N’était-ce pas la plus belle façon d’entendre son prénom ? La plus belle façon de se faire appeler ? Même si cet appel était la promesse d’un adieu, ou alors le sermon, y avait-il plus beau son ? Pas pour celle qui abritait le souvenir du silence. Le silence qui pèse après le passage de la mort, lorsque le cœur arrête de battre, et que les lèvres cessent de trembler. Le mutisme de l’homme pétrifié par la peur qui lui glace le sang. Le mutisme de la raison lorsqu’elle s’abat violemment sur une âme née dans le mensonge. Le silence plein de reproche de l’être qui a été trompé, dont le cœur a été le jouet temporaire d’un esprit plus lucide et joueur. Le silence d’une jeune fille dont ont avait prit la moitié de son cœur. Une jumelle à laquelle ont a prit sa sœur. Une humaine a qui ont à prit la vie. Ce silence présent lorsque les mots ne le sont pas. Le silence éternel d’une jeune Noah.

    Mais ce silence se voyait entraver, rapidement, comme la fuite d’un rêve lorsque l’on s’éveille. Aussi rapide que ça, une trêve rompait sa perpétuelle marche funeste. Cette voix prononça son prénom. Meian. Oui, c’était son prénom. C’était ainsi que la vie l’avait baptisée avant d’offrir son enfant à la mort. Symboliquement, entendre ce prénom lui redenait un soupçon imperceptible de vie. Et celle qui le prononçait était donc l’âme salvatrice qui lui permettait de croire qu’elle était véritablement là dans le but de vivre. De ne pas être une simple ombre dans le monde des vivants, comme elle l’avait toujours crut être. Et ce prénom fut la larme dont naquit le débordement. Ce prénom fut le projectile qui brisa la vitre en milles petits morceaux. La sombre vitre derrière laquelle elle s’était cachée, peureuse, lâche. C’était de derrière le verre de cette vitre qu’elle avait observé le monde, comme si ce verre indiquait qu’elle n’y avait plus sa place, que quelque chose la séparait à présent du commun des mortels. Et donc de sa sœur. Meian était morte. Elle défiait la vie en dansant encore, en animant ses poumons. En chantant. Mais il fallait défier plus que ça. Il fallait que cette vitre se brise jusqu’à la dernière miette. Qu’elle survive aux blessures de ses morceaux coupants pour affronter ce qu’elle avait jusqu’alors observé. Ce dont elle s’était cachée : l’autre côté de la vitre. Elle resta immobile, le vide dans sa poitrine devenant insupportable. Elle voulait déchirer cette peau glaciale qui la brûlait, elle voulait crier, mettre fin à l’ankylose de sa gorge. Elle voulait sauter de son perchoir et, pour une fois, rencontrer le bitume et non les douces ombres. Elle voulait tellement. Mais elle ne pouvait pas. Les croix sur son front faisaient office de chaînes. C’était la marque indélébile, à jamais tracée sur sa peau, qui prouvait, visible aux yeux de tous, qu’elle n’était pas libre. Parce qu’il ne suffisait pas de marcher n’importe où pour être libre. Ni de dire ce que l’ont désirait dire. Il fallait pouvoir agir de la manière souhaitée et ne pas en avoir les conséquences.

    C’est pourquoi elle descendit de son perchoir, sans prendre la peine de disparaître. Elle choisit un moyen plus impressionnant ; la chute. Elle se laissa tomber jusqu’en bas. Ses semelles rencontrèrent une paume ouverte, noire, sombre, grande et effrayante. Une main qui à quelques centimètres seulement du sol avait empêché sa chute. Un petit saut suffit pour quitter cette emprise qui se voulait maternelle, et la poupée s’approcha du monstre pour oser l’inviter à danser. Mais ses pas se firent plus hésitant. Petit à petit, elle se rapprochait également de sa sœur. Elle évitait encore de la regarder. Était-ce encore un signe de lâcheté ? De peur ? Ou une tentative pitoyable d’indifférence ? Peut-être était-ce douloureux de constater que, si autrefois elle avait bercé sa sœur dans ses bras pour chasser ses mauvais rêves, qu’elle avait fait de la place dans son lit pour lui offrir un peu de chaleur, maintenant, elle ne pouvait ni la rassurer, ni la toucher. Vraiment ? Se mordant la lèvre, elle continua d’avancer vers le monstre qui se tourna lentement vers elle.

    « Tout est de ta faute… tu mérites de mourir… meurs… meurs ! »

    Meian écarquilla les yeux. Une peine incontrôlable voguait encore faiblement dans les yeux de l’ancienne humaine. Mais la fin de sa phrase avait été rude et froide, et à présent l’innocence meurtrière tombait sur elle. Levant gracieusement un bras, Meian fonda une barrière entre elle et l’innocence. Mais elle ne bougea pas, les yeux encore ronds. Elle resta dans sa cache, méditant sur la phrase de la rejetée, saisissant à quelle point elle avait pu se tromper, et réfléchissant aux diverses choses qu’elle avait finalement apprit aujourd’hui. Méritait-elle de mourir ? Inconsciemment, au plus profond d’elle, cette question l’avait traverser pour se diriger directement vers sa jumelle, d’autant plus que cette dernière représentait son existence. La réponse en devenait évidente : non, elle ne le méritait absolument pas. Nullement. Et Meian redoutait ne pas être constamment présente pour lui sauver la vie. C’est pourquoi elle ne tolérerait pas une autre erreur, une autre idiotie de la part de sa sœur. Elle n’accepterait aucune faiblesse, aucune tristesse se faire présente. Toutes ces choses étaient susceptible de lui faire faire un faux pas. Un manque de concentration. Une mauvaise précision. Et Meian savait à quel point il été facile de tuer un humain. Et elle savait à quelle point il était douloureux de mourir, de disparaître, et de laisser tout ce qu’elle aimait derrière elle pour ne plus rien avoir. Pour faire face aux ténèbres incessantes. Elle le savait. C’est pourquoi elle avait le devoir de préserver sa sœur de ces choses qu’elle ne méritait simplement pas. Peut-être sa soit disante famille trouverait ceci odieux, peut-être s’en amuserait-elle vaguement avant. Peut-être lui donnerait-elle l’ordre de tracer un trait sanglant sur une jumelle qui ne devrait plus qu’être un souvenir du passé, prêt à être oublié. Sauf que si Meian avait bel et bien détesté l’humanité de tout son être, qu’elle avait bel et bien maudit l’innocence de tout son cœur, il restait chez elle cet amour qui la rendait faible mais qui lui donnait la sensation de vivre encore. Ce désir insatiable de retrouver la moitié de son cœur pour remplir le trou béant de sa poitrine. Il était habituel pour Meian de se réveiller en sursaut en pleine nuit, agrippant son cou ou enlaçant son torse en se croyant mourir, terrorisée par l’absence qu’elle ressentait en elle. Puis elle se rendait compte que tout ceci était normal, alors elle fixait le plafond de sa chambre, ne pouvant retrouver le sommeil, trop consternée par cette nouvelle vie étrange dont elle s’était pourtant habituée.

    C’était comme si elle n’avait été qu’une ombre depuis le début. C’était comme si c’était ainsi qu’elle avait toujours vécu. Or la lumière, jalouse peut-être, ou pleine de haine, s’abattait encore sur elle pour lui prouver que quelque chose n’allait pas, que ceci n’était pas sa vie, et moins encore ce qu’elle avait souhaité auparavant. Cette lumière l’éblouissait, la rendait aveugle, mais tellement alerte envers ce qu’elle avait autrefois été.

    Jamais les Noah ne pourrait lui faire oublier. Jamais.

    I ain’t gonna make the same mistakes
    I don’t wanna be alone anymore


    « Navrée. Mais ce n’est pas moi qui vais mourir ce soir. »

    Les barreaux d’ébène qui s’étaient dressés devant elle retrouvèrent vivement le sol. À présent, les yeux turquoise de Meian s’étaient plissés. Comme si elle entamait une révérence, Meian leva son bras et le replia sur elle. Ce geste fut suivit d’une ombre, une grande aile qui s’extirpait de son dos, et qui l’enveloppa. Cette ombre retrouva elle aussi le sol, comme une cape sous laquelle la magicien aurait disparu. Meian réapparut à quelques centimètres de la rejetée. Cette fois son bras fut rapide et précis. Enveloppé d’une substance noir, il traversa le bras déformé, perçant un trou à travers. Puis elle disparut à nouveau. Cette fois elle se retrouva devant Hikari, qu’elle toisa froidement.

    « Si tu crois vraiment que je vais attendre la fin du combat, tu te trompes. »

    Son bras s’éleva, tendu vers Hikari. Sa main s’ouvrit, et la fille qui faisait face à l’exorciste n’avait rien d’une humaine. Les croix étaient présentes, sur une peau grisée par un temps qui ne s’écoulait plus. Elle fit un pas en avant, son bras cherchant sa sœur. Une étincelle farouche palpita dans ses larges prunelles, alors qu’habituellement l’indifférence les ternissait. Cette main délicates, fragile, sembla se faire subitement avaler par une ombre noire. À présent, c’était des griffes ébènes qui s’élancèrent sur Hikari, et qui lui attrapèrent la taille. S’élevant dans les airs, à l’autre bout du sombre bras, Meian approcha son visage de celui de sa sœur. Une voix timide, gamine, et fluette chuchota quelques mots.

    « Je te tiens à présent. »

    Dans le ciel deux corbeaux aux couleurs différentes se rencontrèrent. L’un blanc et lumineux, l’autre noir et ténébreux. Le corbeau noir, poussant un cri, s’approcha de celui, blanc, faisant des cercles autour de ce dernier, curieux.

    La rejetée s’époumona en rugissant aux cieux. Son cri fut terrible, et Meian la sentit se lancer derrière elle, probablement déterminée à survivre un peu à sa blessure, et en profiter pour la tuer. Il n’y avait plus de temps à perdre.

    I told myself I won't miss you
    But I remember
    What it feels like beside you


    À nouveau, éternellement, des ailes noires apparurent dans son dos. Elles frappèrent l’air et ainsi Meian plongea vers Hikari, l’emportant dans un tourbillon noir et dans un monde inconnu. Profitant du fait qu’Hikari puisse être affolée, et du fait qu’elle ignorait comment sa méthode de « transportation » opérait, elle la prit dans ses bras. Elle la prit contre elle, inspirant cette odeur familière. Une odeur que son propre corps ne portait plus. Les ailes qui la tenaient encore caressaient déjà sa peau, alors cette étreinte passerait peut-être inaperçu dans le tumulte impressionnant. Et si Hikari sentait sa proche présence, sans doute ce geste aurait des allures de rêves.

    Je veux que tu m’écoutes, Hikari.

    Soudainement un ciel étoilé remplaça l’obscurité. Tout s’évapora autour de l’exorciste, qui se retrouva allongée dans de l’herbe humide. Plus de traces d’ailes gigantesques, plus de sensations de vertiges. Plus d’envol dans une nuit persistante et envahissante. Plus de silence pesant. Non. Le bruissement des insectes. La brise secouant les feuilles. Et une frêle silhouette qui se tenait debout, observant la forme lointaine de la Congrégation de l’Ombre. Cette silhouette attendit avant d’approcher à nouveau de sa sœur. Elle l’observa un long moment. Le regard pesant. La brise faisait des plis dans l’étoffe de sa robe, soulevant des cheveux intensément noir et si épais qu’ils étaient semblable à une cape qui recouvrait son petit dos.

    All your smiles, all is fake
    Let me come in I feel sick


    « Je te hais Hikari. Et je hais l’innocence plus que tout, c’est vrai. Et jamais ça ne changera. Et je t’en veux, c’est plus fort que moi. Je t’en veux également d’avoir fait face à cette rejetée sans même faire appel à ton arme, aussi épouvantable soit-elle. »

    Un sourire sans joie anima faiblement son visage redevenu blafard. La couronne sur son front était partit. Meian voulait pouvoir faire face à sa sœur tel qu’elle l’avait fait autrefois. Elle se sentait vulnérable, mais prenait son courage à deux mains pour enfin affronter sa sœur. Peut-être avait-elle perdu son esprit, peut-être était-ce une erreur de venir ici avec elle. Mais peu importait, puisqu’elles étaient là ensemble.

    I just wanna hold you.

    « Tu n’as pas le droit à l’erreur, car si j’ai encore un peu d’importance dans ce cœur souillé qui est le tien, tu comprendras que cette fois, je t’en voudrais éternellement. »

    Autrefois, ce qui avait été deux filles identiques et inséparables était à présent des opposées et des ennemies. Ennemies contre leur volonté certes, et toujours en proie à l’amour qui les avait unis. Sans doute ce qui effrayait le plus Meian, c’était que l’innocence logeait dans le cœur de sa jumelle, et qu’une fois que ce dernier lui aurait pleinement volé sa sœur, souillant plus profondément encore son cœur, il n’y aurait définitivement plus de place pour elle. Plus d’espoir de se croire aimer par sa moitié. Et jamais Meian ne pourrait libérer sa sœur de cette innocence trop bien enfuie, trop bien cachée, plus lâche encore que Meian avait réussit à être, et cruelle.

    Sparkling angel I believe
    You were my savior in my time of need.
    Blinded by faith I couldn't hear
    All the whispers, the warnings so clear.
    I see the angels,
    I'll lead them to your door.
    There's no escape now,
    No mercy no more.
    No remorse cause I still remember

    The smile when you tore me apart.
    You took my heart,
    Deceived me right from the start.
    You showed me dreams,
    I wished they'd turn into real.
    You broke a promise and made me realize,
    It was all just a lie.

    Sparkling angel, I couldn't see
    Your dark intentions, your feelings for me.
    Fallen angel, tell me why ?
    What is the reason, the thorn in your eye ?
    I see the angels,
    I'll lead them to your door
    There's no escape now
    No mercy no more
    No remorse cause I still remember

    This world may have failed you,
    It doesn't give you reason why.
    You could have chosen a different path in life.

    Could have been forever.
    Now we have reached the end.

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Hikari Hakumei
La Lumière Céleste †





Forget these empty lies.

▐ Ton Age : 24 ▐ Rp : 0
Féminin « Messages » : 1555
« Two Perso » : Lust.
« Situation » : Yes Rp


Who Are You ?
Level Rise_: Rang C
Souvenir/Pouvoirs/Innocence_:


MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Mar 1 Fév - 6:21

  • There’s some things we don’t talk about
    Rather do without
    And just hold the smile
    Falling in and out of love
    Ashamed and proud of
    Together all the while
    You can never say never
    Why we don’t know when
    Time and time again
    Younger now than we were before


    http://www.deezer.com/listen-2889765
    http://www.deezer.com/listen-2174153



    Hikari leva des yeux fatigués vers sa sœur. Elle aurait aimé ne plus l’entendre. Ne plus voir ce visage qui ne lui appartenait plus. Meian et Hikari n’étaient plus sœurs, malgré ce que toutes deux voulaient encore croire. Elles avaient choisi leur famille. C’était bien trop tard pour une fin heureuse désormais. Des ailes s’enveloppèrent autour d’elle, et elle leva un bras, cherchant à se débattre, écœurée par cette sensation qui l’enveloppait, alors qu’elle souhaitait se perdre dans cette étreinte ombrageuse comme y rester à jamais. Les bras fins enserrèrent sa taille, et elle sentit un sanglot enfler dans sa poitrine. C’était une sensation éphémère, presque spectrale, que d’imaginer plutôt que de sentir les bras de sa jumelle se refermer sur elle comme autrefois. Et elle ferma les yeux même s’il faisait déjà tellement noir pour oublier que quelques secondes auparavant le visage de Meian était si près du sien, lui murmurant des mots qu’elle ne voulait pas écouter. Oui, elle la tenait. Elle n’avait jamais arrêté de la tenir, et ce qui autrefois était un soutien, était lentement devenu un piège duquel elle ne pouvait plus sortir. Mais par pitié, que cette voix redevienne froide, car elle ne savait plus comment agir autrement. La souffrance sembla scier sa poitrine en deux.

    Et comme pour l’exaucer, ou pour se rire d’elle, la lumière revint. Hikari était allongée dans de l’herbe humide, et elle sentait que le danger était écarté. Cependant, la douleur n’arrêtait pas de la tourmenter, et elle inspira brutalement. Ses doigts tâtonnèrent machinalement sur son ventre. Elle s’arrêta lorsque sa sœur s’approcha d’elle, jusqu’à lui parler, et ses yeux se fermèrent, naturellement. Tais toi Meian, tais toi s’il te plait. Je ne veux plus jamais t’entendre.

    Les mots retentirent. Et ses paupières s’ouvrirent brutalement, alors que son dos s’arquait dans un sursaut désespéré. Elle la haïssait ? Ces paroles résonnèrent dans sa tête et Hikari s’assit, le bras toujours enroulé autour de son ventre. Ses grands yeux bleus se posèrent alors dans ceux de celle qui avait été sa sœur. Un petit sourire passa sur ses lèvres. Meian avait oublié comment modeler ses phrases pour qu’elles n’heurtent pas Hikari. Pour que sa sœur autrefois si fragile ne la regarde pas avec un air désespéré peint sur le visage. Mais désormais, si les mots lui faisaient mal, elle n’en montrait rien. Car si sa jumelle la haïssait comme elle haïssait la lumière qui hantait son cœur, Meian n’en avait pas moins dit qu’elle lui en voulait de s’être mise délibérément en danger. Qu’elle ne voulait pas que sa sœur s’offre ainsi à la mort, les bras entrouverts, la lumière désespérément éteinte. Terne et inutile. La dernière phrase la troubla plus que de mesure. Alors comme ça, son cœur était souillé ? Par une innocence qui faisait jaillir la lumière. Le symbole de la pureté, tandis que Meian était l’ombre, les ténèbres. Le silence et l’oubli. Peu lui importait que la jeune fille lui en veuille à jamais. Il n’y aurait d’éternité que pour l’une d’entre elles. Là où les symbiotiques étaient condamnés à mourir jeune s’ils ne décédaient pas en mission, dévorés par une arme surpuissante, Hikari était sans doute la plus précaire de tous. Symbole de sa force et de sa pureté, elle avait été élue comme les autres et même un peu plus. On lui avait offert de cacher en son cœur, en sa partie la plus importante et aussi la plus profonde une innocence. Un cristal qui pouvait lui offrir le pouvoir d’annihiler les démons mais aussi les Noahs. Sa lumière consumait la chair, la supprimant à une vitesse qui dépassait celle de l’acide, et d’une façon presque plus propre. Ses fils tranchaient, ses chimères se déplaçaient aussi vite que les ondes lumineuses mais étaient consistantes et pouvaient elle aussi brûler et déchirer les corps.

    Et encore, elle était sûre qu’elle ne savait pas encore tout de son innocence. Souriant à Meian, elle leva la main qui tenait fermement son ventre quelques secondes auparavant. Les doigts à hauteur de son visage, elle activa son arme. Mais elle n’avait pas prévu que cela serait aussi douloureux. La secousse lui tordit la poitrine, et le sourire devint rictus de douleur. Un gémissement lui échappa, mais elle savait parfaitement pourquoi cette fois différait des autres. C’était comme autrefois dans les bois, la première fois que sa lumière l’avait sauvé. La première fois qu’elle l’avait emmené dans la nuit également. Mais Hikari avait été assez douée pour se perdre elle-même auparavant. Cette nuit où elle avait fui une première fois, parce qu’elle ne voulait pas s’éloigner de sa sœur. Sa grande-sœur, comme elle l’avait parfois considérée. Mais avant tout, celle qui partageait son âme, ses gènes. Celle qui la connaissait par cœur, qui savait ses failles les plus profondes mais également la force qu’elle peinait à montrer. Celle qui avait toujours lu le bonheur derrière sa façade glacée ou le gouffre profond derrière ses sourires hypocrites. La lumière nimba ses doigts pâles et froids, et elle tendit sa main vers son ventre. La flammèche frôla sa tenue d’exorciste, jusqu’à la déchirure. Là où un éclat argenté dépassait de sa chair. Expirant, la jeune fille posa ses doigts sur la lame. Aussitôt son innocence fila le long de l’argent jusqu’au plus profond de la plaie, épargnant les cellules de sa compatible mais faisant disparaître l’arme qui osait l’entailler. Un flot de sang s’échappa, et Hikari secoua la tête, avant de poser son poing sur la blessure. Cela allait passer. Levant les yeux, elle plongea dans le regard de Meian. Espérant encore qu’on lui dise que tout irait bien. L’éternité serait le fardeau de l’une des deux. La Noah vivrait avec la rancune et peut-être même, osait égoïstement l’espérer sa sœur, la solitude. Tandis qu’elle allait mourir, peut-être ce soir, peut-être un autre. Mais bien avant sa sœur jumelle, et c’était tout ce qui comptait. Car même la mort n’allait pas les réunir. Meian était morte le jour où les croix avaient jailli sur son front. Une Noah avait prétendu la remplacer, jouer dans son corps. Mais ce n’était plus vraiment Meian.

    « C’est ce que tu veux, Meian, m’en vouloir à tout jamais ? Alors tu peux t’y préparer dès maintenant. Tu dois le savoir, quelque part au fond de toi, non ? Que je vais mourir bien trop vite pour que éternellement signifie quelque chose pour moi. »

    Sa voix était encore glaciale et parfaitement maitrisée, pourtant, elle savait qu’elle allait mourir ce soir. Cette nuit. Ou ce matin peut-être ? Cela serait parfait. La lumière s’éteint à l’instant où le soleil renait. Ironique, tellement, comme l’aurait été son insignifiante existence. Ses doigts pressèrent un peu plus fort sur le sang qui gorgeait le tissu de son uniforme, déchiré là où la rejetée avait projeté un fragment de son innocence maudite et déformée. C’était triste de mourir tuée par une ancienne alliée. Mais peut-être serait-elle devenue semblable à cette rejetée, à croire que les Noah étaient encore humains. A vouloir en protéger une plus qu’elle ne souhaitait se protéger elle-même. Hikari avait beau s’être attachée à ses compagnons, il y avait toujours cette gamine au front gris et à la couronne de croix pour lui rappeler qu’elle était incomplète. Et ce même-si parfois elle s’efforçait d’oublier son existence. La lumière se fit rebelle et désobéit à sa créatrice l’espace d’un instant. Un minuscule papillon s’évada de la poigne sanglante, ses ailes dissolvant les gouttes de sang d’un battement brûlant. Frémissant, la délicieuse créature s’envola vers la Noah pour se poser sur son front. Sans la brûler. Cela confirmait ce que pensaient déjà certains des scientifiques, l’innocence avait une volonté propre. Et elle savait surprendre son compatible lorsqu’il le fallait. L’insecte frémit contre la peau grise, avant de disparaître. Hikari ne sût pas en cet instant précisément ce qu’il était devenu de cette partie de sa lumière, mais elle espéra durant quelques folles secondes que le papillon vivrait en Meian, la réchauffant d’une partie de l’âme de sa sœur lorsque l’humanité frapperait à la porte de l’esprit de la Noah. L’incarnation d’un souvenir. Mais chanterait-il ce soir, ce corbeau funeste ? Le silence. Hikari ne pouvait qu’espérer que Meian ne souhaiterait pas le garder, puisqu’elle, elle avait encore beaucoup de choses à dire.

    « J’aimerai dire que j’ai vu pire, mais je ne m’en rappelle pas. Tu sais, il n’y a pas que toi désormais, dans mon monde. Je t’ai abandonné comme tu as su si bien le faire à ton tour. Et tu as choisi un univers dans lequel je n’ai pas ma place. Tandis que j’avais l’espoir de pouvoir te retrouver un jour, tu as choisi toi aussi de renier ce passé qui nous était si cher, même si tellement douloureux. Pourtant… »

    Le souffle lui manqua. Cette fois, elle avait laissé son ton se faire plus précipité. Et elle avait toujours mal. Mais pourquoi ? Parce qu’elle laissait enfin s’échapper les paroles qui se bousculaient en elle chaque fois qu’elle croisait sa sœur ? Ou parce que quelque part sur son ventre, une entaille laissait s’évader ce sang chargé de minuscules particules d’innocence. Et elle se prit à espérer que le cristal daigne réparer la blessure. Parce qu’elle avait beau clamer qu’elle n’avait jamais eu peur de la mort, elle avait peur d’attendre dans un monde sombre que d’autres exorcistes la rejoignent. Sans jamais voir arriver sa moitié. Être incomplète éternellement. C’était ce qui l’attendait de toute façon, puisque toute vie humaine est mortelle, mais elle devait avouer que le plus tard serait sans aucun doute le mieux.

    « Pourtant je crois que jamais je ne pourrai prétendre haïr autre chose chez toi que ces croix qui me hurlent au visage à quel point nous ne serons plus jamais sœurs. »

    Don’t let me go
    Don’t let me go
    Don’t let me go

    Ses paupières se serrèrent étroitement, et la brûlure de son âme et de sa chair vint se poser dans ses yeux, alors que ses cils se mouillaient de larmes qu’elle parvint à contenir en fermant les yeux, fort, si fort, comme si elle ne devait plus jamais revoir le jour. De ses doigts jaillirent des fils de lumière qui vinrent agripper le poignet de Meian, et elle ne se souciait guère de la possible douleur qu’elle pouvait infliger à la Noah. Leur peau guérissait vite, c’était un autre de leur pouvoir. Et, se débrouillant pour attirer son ennemie jusqu’à elle, l’adolescente se serra fort contre son sosie, celle qui pourtant avait déjà les traits un peu plus juvéniles que les siens. Meian s’était figée sous l’apparence d’une jeune fille d’à peine 15 ans. Les traits d’Hikari étaient marqués par deux années supplémentaires. Par la torture de nuits blanches passées à attendre un impossible salut. Par la terreur qui avait serré ses entrailles quand elle s’était sentie mourir, ou quand elle avait cru voir disparaître à jamais ceux qu’elle aimait. Peut-être sa sœur d’âme avait elle souffert, mais ses yeux bleus paraissaient sombres à celle qui autrefois savait tout d’elle. Si autrefois leurs deux esprits étaient en perpétuelle communion, une barrière épaisse s’était dressée entre eux. Et les sentiments, les pensées du Clair Obscur étaient désormais bien flous pour la Lumière. Meian Hakumei. Hikari Hakumei. Pouvaient-elles seulement encore porter ce nom ? Hikari avait été en quelque sorte vendue par ses parents. Meian, hé bien… Elle supposait que l’adolescente était devenue la préférée après que la faiblesse de Hikari n’ait conduit leurs géniteurs à la ruine. Si les Noahs n’avaient pas appelé la jeune aristocrate japonaise, sans doute aurait-elle vécue comme une parfaite petite noble, se mariant avec un homme fade mais riche, vivant sans réellement savoir ce qu’était une vie véritable.

    « Tu sais Meian, j’ai prétendu pouvoir vivre comme ça, rien que parce que pour une fois j’étais utile. J’étais vivante, et pourtant si proche de la mort. C’était la première fois que je n’étais pas juste l’une des jumelles Hakumei. J’étais une exorciste, quelqu’un de puissant. Quelqu’un qui pouvait se battre pour sauver les autres. Mais j’avais tort. »

    Sa voix se brisa en un hoquet. Le sang coulait entre ses doigts maintenant, et elle se sentait effrayée. Son cœur battait tellement vite, tiendrait-il encore longtemps ?
    Allait-elle mourir, la poitrine immobile, avant même que la perte de sang n’ait raison d’elle ? Et que ferait-on là bas, dans le grand bâtiment sombre qui se dressait derrière elle ? Les autres exorcistes les avaient-ils déjà repéré ? Que pensaient ceux qui ne savaient pas encore, en voyant la Lumière Céleste enlacer étroitement une Noah qui lui ressemblait tant une fois la peau grise repartie dans l’ombre qui l’avait engendrée ? Attendraient-ils que Meian ne parte pour venir récupérer l’innocence au plus profond de son cœur, ignorant le sang qui leur tacherait alors les mains ? Un petit rire écœuré agita ses épaules, et elle toussa, s’agitant contre sa sœur jumelle. Celle qui aurait du rester à ses cotés à jamais si les dieux ne s’étaient pas battus pour faire d’elles leurs petits soldats. Hikari se pressa contre Meian, voulant ignorer la vie qui s’enfuyait si rapidement. Elle enfouit sa tête dans le cou de sa si précieuse amie, si importante moitié. La longue chevelure noire se fondit dans celle qui lui répondait, encore courte. Les ciseaux avaient tranché les mèches comme Hikari avait voulu couper la ressemblance si parfaite. Désormais leurs camps s’en étaient chargé pour elle.

    « Nous n’aurions pas été parfaitement heureuses même si nous aurions été ensemble. Mais j’ai été choisie comme tu l’as été, et bien que nos cœurs crient à la trahison, je pense que je comprends enfin. C’était pour moi la lumière, et pour toi l’obscurité, depuis le commencement. J’ai voulu me battre parce que j’en avais les moyens. Tu en as haï l’innocence. Mais peu importe ce que je pourrai prétendre, tu es ma sœur. Et je suis heureuse de mon sort, car je n’aurai pas voulu d’une éternité sans toi. »

    We’re pulling apart and coming together again and again
    We’re growing apart but we pull it together, pull it together, together again


    Cette fois, elle se sentait étrangement calme. Qu’elle survive ou non, Meian ne le saurait pas. Car elle allait disparaître. Maintenant qu’elle avait été honnête, elle se battrait cœur et âme pour sa cause. Et mourrait en combattant s’il le fallait. Il n’y aurait jamais de futur pour les deux sœurs. Peut-être Meian vivrait-elle encore à la fin de la guerre. Peut-être Hikari, par un humble miracle, respirerait-elle encore à la fin de cette journée. Mais elles ne seraient plus jamais réunies. Jamais. Sa vie était ici, avec Lavi et Eva. Il n’est pas bon de vivre dans le passé si on en vient à haïr l’avenir. Reculant, Hikari adressa un sourire presque serein à sa sœur.

    Merci de m’avoir serré dans tes bras quand j’avais peur. Merci de m’avoir aimé dans toute ma faiblesse. Merci de ne pas m’avoir oublié malgré ta haine. Merci d’avoir été ma moitié. Merci d’avoir été ma sœur.

    Pardonne moi pour cette différence que j’avais tant voulu autrefois. Pardonne moi d’avoir tout gâché. Pardonne moi pour cette déchirure. Il est temps d’apprendre à vivre incomplète.

    Pardonne moi de ne jamais avoir arrêté de t’aimer.

    La lumière illumina tout son corps, et Hikari sût ce qu’elle devait faire pour que Meian se prépare à lui en vouloir à jamais. Pour que Meian s’habitue à une vie sans sa sœur l’exorciste. La Noah ne devait pas porter ce poids d’avoir un être cher dans le camp qu’elle devait annihiler. Le Clair Obscur ne devait pas avoir à supporter la Lumière. Celle-ci devrait briller seule. Ou s’éteindre. Hikari ne pouvait continuer de brûler les yeux de la seule qui pouvait encore la compléter. Leurs chemins, aujourd’hui, cessaient de s’entrelacer.

    Modifiant la structure de la protection, Hikari parvint à faire ce dont elle n’aurait pas du être capable avant bien longtemps. Mais l’innocence lorsque la mort de sa compatible se fait inéluctable, aime invoquer les miracles. La lumière, absorbant les rayons que renvoyait la jeune Hakumei, la rendit invisible. Et celle qui maniait l’aube vengeresse comme une amie disparut. Derrière, la Congrégation de L’ombre se dressait, sévère et impassible. Tant de morts avaient hanté ses couloirs. Tant de cercueils blancs s’étaient dressés sur son sol. Désormais, plus rien ne pouvait l’émouvoir. Et Hikari s’avança vers ses portes, une main pressée contre son flanc, les joues pâles, les lèvres bleues. Et la peau froide, si froide. Ne pas mourir sans avoir dit aurevoir à celui qu’elle aimait. Ne pas mourir sans avoir sangloté à quel point elle tenait à eux. Sans les avoir remercié, eux aussi. Ne pas mourir seule, sans tenir la main d’un ami.

    N’aie pas peur, petit soldat. Essuie le sang qui perle déjà au coin de tes lèvres. Oublie que tes membres tremblent frénétiquement. Tu as toujours su que tu ne vivrais pas assez pour voir la fin du combat. Personne ne retiendra ton prénom, simple victime d’une guerre qui en a déjà fait tant. Personne ne le portera dans l’histoire, sauf peut-être cette créature immortelle qui naquit en même temps que toi. Personne, sauf cette ombre silencieuse que tu aimes encore tellement.

    Les guerriers de la route avaient pourtant prédit
    La mort ou la naissance
    Ca dépend du cœur
    Au soleil qui s'incline
    Allez finissons en
    Et laissons s'accomplir le firmament
    Plongé dans l'infini, dans le gouffre sacré
    Me noyer à jamais
    Et puis quitter ce monde sans pudeur ni moral

    Au revoir mes amis
    Au revoir mes frères
    Au revoir mon pays
    A nous deux la lumière
    Au revoir mes printemps
    Au revoir pauvre monde
    A nous deux Satan
    Au revoir mes amis
    Au revoir mes frères
    Au revoir mon pays
    A nous deux lumières
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MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Mer 9 Fév - 0:24

So little love so little hate.

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Spoiler:
 


    I'm talking to you
    But you're not listening
    I don't know what to do
    My heart is blistering
    Writing this song
    Tell me I'm not wrong

    I close up my mouth
    When you're around now
    Suffocating in doubt
    I can't make a sound
    In your sundrenched world

    So, I'll stay up all night
    With these bloodshot eyes
    While these walls surround me
    With the story of our life


    Folles vagues. Ses yeux s’écarquillèrent. Ils fixèrent le sang qui s’écoulait de la plaie d’Hikari. Et elle fixa comme une enfant qui voyait une horreur impensable, paralysée devant une image qu’elle ne pouvait accepter. Elle fixa comme si soudainement le sol n’était plus que sous ses pieds, et qu’une sensation désagréable de vertige s’emparait d’elle. Le vide était tout autour, ce jour là. Et non seulement à l’intérieur. Elle si calme, si indifférente. Elle qui ne réagissait que très peu avec son entourage. Jusqu'au point d’exclure le présent. Et que son passé soit véritablement devenu la seule importance dans sa vie. Le seul à pouvoir la faire réagir n’importe quand, à n’importe quel moment. Le seul à lui donner la subite envie de chercher cette moitié de cœur en sa poitrine, avec ses propres ongles. La trouver, la ranimer, et la raccrocher à sa moitié. Si seulement elle avait assez d’ombre. Si seulement elle avait assez d’ombre pour équilibrer la lumière trop vive du cœur d’Hikari… Alors peut-être qu’ils pourraient s’assembler.

    Peut-être avait-elle voulu que ce soit son rôle. Peut-être qu’en voyant sa sœur partir, illuminé par un avenir, une innocence, un monde nouveau, peut-être avait-elle voulu veiller sur elle en tant qu’ombre, accompagnatrice de la lumière qui ne la quitterait plus. Peut-être que seule dans sa chambre, en compagnie d’une mère de plus en plus froide et de plus en plus demandante, elle avait simplement craqué sous le poids de la solitude, et sans doute avait-elle eu l’envie brute de vouloir rejoindre sa jumelle d’une manière ou d’une autre. Peut-être que par égoïsme, elle avait même accepté de devenir ainsi, morte et terne, simplement pour prouver à sa sœur qu’elle ne rejoindrait pas ce nouveau monde seule. Qu’elle n’avait pas le droit de l’oublier. Non, pas le droit. Meian avait préféré être détestée qu’être oubliée. Car elle-même avait détesté l’innocence à en mourir. Et cette haine était toujours présente, mêlée à présent avec la crainte. Et pourtant, elle ne recula pas lorsque le petit papillon de lumière s’envola, se libérant de son nid rouge et chaud. Meian était toujours debout, immobile. Ses yeux, aux pupilles rétrécies par une émotion parmi tant d’autres, ne cillaient pas. Et il était douloureux de ne pas cligner des yeux. Même pour une immortelle, car le sang enflait toujours ses veines. Bien qu’il lui manquait bien des choses pour être qualifiée d’humaine, et qu’elle en possédait d’autres encore qui ne pouvaient appartenir à cette faible race, le monde ne pouvait lui prendre sa douleur. Au contraire, il l’a lui avait laissé. Au plus profond de sa poitrine. Comme si son cœur était parti en lui laissant ses bagages. Car oui, Meian aimait, Meian haissait. Meian souffrait de ce mélange. Et sans doute s’était-elle cru invulnérable dans cette nouvelle vie qu’était la sienne. Sans doute s’était-elle bel et bien moqué de ce que le monde pouvait lui infliger. Mais tout ce qui concernait sa sœur avait fait exception depuis le tout début. Depuis leur enfance. Depuis le monstre qui avait enlacé sa sœur. Depuis cette lumière qui l’avait sauvée avant de la condamner. Depuis ce corbeau à la fenêtre. Depuis ces bras étrangement accueillants qui l’avait saisit lors d’une nuit horrible. Depuis cette rencontre à Rome. Depuis chaque jour, chaque minute, chaque instant. Depuis une éternité. Depuis le tout début, et même avant. Et à jamais. Elle frissonna lorsque le papillon atteignit son front. Le vertige fut à son apogée avant de disparaître. Depuis le tout début, et à jamais. Comme il en avait toujours été au plus profond d’elle. Et ce fut exactement dans cet endroit qu’elle s’imagina sentir le bruissement du papillon. La chaleur de sa lumière. La douceur de sa jumelle. Mais rien ne la ferait revenir. Pas même sa propre volonté.

    Elle ne savait si en restant humaine, elle aurait pu espérer revoir sa sœur un jour. Elle aurait vécu sa vie de petite bourgeoise japonaise, une vie sans doute trop terne pour une gamine qui ne faisait pas face à la réalité. Priant chaque jour pour que sa sœur aille bien, et pour que des hommes vêtus de noir ne viennent toquer à la porte pour annoncer la mort d’un être aimé qu’elle ne verrait pourtant plus jamais. Et alors on aurait veillé sur elle avec dureté, pour ne pas que la jeune fille rappelle à la vie un corps, une âme, qui avait lutté contre toute entrave à la vie comme à la mort. L’Aube Vengeresse. Hikari l’exorciste. Non, la balance de la vie ne devait pas être rompue. Et pourtant Meian était presque morte. Néanmoins, elle avait réussit à accomplir ce qu’elle avait désiré ce jour là : s’approcher de sa sœur d’une manière ou d’une autre. En tant que Noah, elle partageait le même champs de bataille. Et dans ses ombres et dans son silence, elle veillerait sur elle. Silencieusement. Sans le lui dire. En faisait semblant. En l’extirpant des griffes du danger. Mais aujourd’hui, d’une certaine façon, elle n’avait pas su le lui cacher. Il était dur d’être fausse une fois face à sa sœur. C’était alors que sa propre vérité venait lui serrer le ventre et chambouler ses pensées comme si elles étaient prises dans un tourbillon malsain.

    You're sick of feeling numb
    You're not the only one
    I'll take you by the hand
    And I'll show you a world that you can understand

    This life is filled with hurt
    When happiness doesn't work
    Trust me and take my hand
    When the lights go out you will understand


    Les paroles de sa sœur étaient froides. Si froides. Probablement comme les siennes. Mais sa voix n’était plus habituée à parler ainsi. Elle était silencieuse. Si silencieuse. Depuis longtemps déjà, elle avait choisit de ne plus attendre en silence lorsque quelque chose n’allait pas. C’était ce qui lui avait donné du courage étant petite, et plus encore lorsque sa sœur était partit. Mais cela avait été trop dur. Elle s’était, au contraire de ce qu’elle avait souhaité, repliée dans ce silence, ombre parfaite. Souvenir errant. Ténèbres si peu envahissantes. L’Éternité ? Meian n’était pas étonné d’entendre que sa sœur n’y croyait pas. Après tout, comment pouvait-elle espérer vivre avec une tel chose dans le cœur ? La lumière, symbole de pureté et de renaissance, n’allait pourtant pas la sauver. Ceci aurait été un miracle que Meian n’aurait jamais imaginé. Elle était suffisamment impliquée pour le savoir. Alors que la petite humaine qui aurait pu la remplacer si le corbeau n’avait jamais apporté son présage à sa fenêtre, aurait cru en sa sœur jour après jour en ignorant sa mort si le sort avait frappé. Et bien qu’elle, petite Noah, soit capable de parler et de marcher à tout jamais, elle ne croyait pas en l’éternité non plus. À vrai dire, elle avait presque espéré que ce papillon, petit être fragile, s’empare égoïstement de sa vie, en une simple caresse un peu trop froide ou un peu trop chaude. Elle avait presque espéré que sa sœur mette elle-même fin à son existence. Que ce soit elle qui mette fin à son semblant d’éternité. Car elle aurait souhaité que ce soit elle et personne d’autre, qui la réveille enfin de son cauchemar. Qui la rende humaine une dernière fois. Qu’elle puisse mourir comme la jeune fille qu’elle avait autrefois été. Oui, cela aurait été parfait. Hikari aurait ainsi évacué toute haine contre sa jumelle, et la mort de Meian en aurait été presque agréable. Le coup final, doux, digne d’un insecte fébrile, et le sommeil éternel et apaisé d’une moitié de cœur non comblée, mais, satisfaite.

    Keep me close
    Really close

    Abandonner ? Meian baissa la tête. Elle voulait s’asseoir. Envelopper ses genoux de ses bras. Vider sa tête. Non… Non ! Jamais elle n’avait abandonné Hikari. C’était elle, et seulement elle qui avait été abandonnée ! Non… ? C’était elle qui avait vu sa sœur partir, et elle en avait détesté toute personne qui n’avait pas empêché ce désastre. Si elle était arrivée jusqu’ici, c’était pour être plus proche de sa sœur. Avait-elle eu tord ? Hikari serait-elle venue la chercher un autre jour ? Combien de temps ? Combien de jour, de pleurs, de rires, de rides ? Combien de temps avant ? À la Congrégation de l’Ombre, on ne prévenait pas les familles lorsque leur proche, élu de dieu, était mort. On ne disait rien. On laissait les enfants, les femmes, les hommes, les parents, les frères… les sœurs… on les laissait tous croire, et avoir de l’espoir. On les laissait être fiers, alors que l’être auquel ils pensaient été déjà enterré sous des tonnes de terre. Explosé en poussière, ou gisant dans des flaques de sang. Mais personne ne duperait Meian. Personne ne l’aurait. Elle était l’oiseau insaisissable qui volerait haut dans le ciel, et qui deviendrait plus fort pour pouvoir emmener un jour Hikari avec elle.

    Les bras fins de la Noah se refermèrent sur son torse. Immortelle mais fragile.
    http://www.youtube.com/watch?v=u-ZiRXpQZiA&feature=related

    Qui avait choisit ? Qui avait fait ce choix ? Une d’elle avait-elle réellement désiré un jour se détacher de sa sœur ? Ou était-ce seulement l’œuvre du destin, ô cruelle fatalité ? Un sourire triste s’afficha sur le visage juvénile de la jeune fille. Elle laissa les croix s’estomper. La couleur de sa peau s’éclaircit lentement. Il n’y avait plus qu’une petite fille. Une petite fille aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus, tranchant sur sa peau pâle. La même petite fille qui avait tenu la main de sa sœur, il y a déjà des années de cela. Des années ? Non, seulement deux. Mais c’était exactement dans ces deux années que l’éternité s’était installée. Ses lèvres fines, à nouveau dotées d’une teinte légèrement rosée, frémirent. Mais elle ne sut trouver les mots pour formuler ce qu’elle pensait, et encore moins ce qu’elle ressentait. Il était tellement difficile de définir ses sentiments, et de les comprendre, qu’elle se sentait paradoxalement vidée. Il y avait un vide. Le néant. L’ombre. Voilà tout ce qu’elle était. Et cette pensée la dégoûtait. Elle avait envi de vomir. De changer. Mais le point de non retour avait depuis longtemps été dépassé. Petite trépassée.

    « Hikari, jamais je… »

    Le chuchotement s’estompa bien vite. Des fils de lumière éclatante vinrent enrouler son poignet. Et cette fois, elle eut peur. Elle recula d’un pas, et secoua faiblement son bras. Ses lèvres frémirent en une demie grimace. Elle sentait la brûlure que lui infligeait l’innocence, mais ce n’était pas la source de sa crainte. Cette lésion qui marquait doucement sa peau était-elle comparable à ce que cette innocence lui faisait subir jour après jour ? Non. Il aurait été plus facile de se battre contre ce cristal dans un unique combat, à l’unique vainqueur. De lui voir fait face un jour, un jour où tout aurait été fini. Rapidement. Mais il logeait dans le cœur de Hikari, et jamais Meian ne blesserait volontairement sa sœur. Elle avait toujours protégé cette dernière, se faisant unique coupable lors d’une fourberie quelconque, mettant la main au feu lorsqu’il le fallait, et bien avant ça encore, chassant les monstres qui se trouvaient sous le lit, ou partageant sa couette, et prêtant ses petits bras. Les choses auraient été belles ainsi. Mais les choses changeaient. Et tout avait rapidement basculé. Tout comme Meian, qui sentit ses pieds quitter le sol l’un après l’autre. Elle tomba à genoux devant sa sœur, abandonnant toute résistance. Qu’elle subisse son châtiment. Que cette innocence finisse de rompre leur bonheur dorénavant inexistant. Elle n’avait pas le droit de faire les choses à moitié. Elle n’avait pas le droit de briser un cœur et de n’en prendre que la moitié.

    I wish you never told me
    I wish I never knew
    I wake up screaming
    It’s all because of you


    Elle sentit les bras de Hikari l’enlacer, et retint sa respiration. Ses yeux étaient douloureusement fermés. Et pourtant elle voulait rester ainsi à jamais. Elle voulait s’endormir dans cette exacte position, dans ces exacts bras. Elle voulait s’endormir à tout jamais dans cette étreinte à l’effluve familière et à la douceur inimitable. Il n’y avait pas de mort plus parfaite. Elle était prête à se jeter dans les bras de la faucheuse. Elle était prête à abandonner ses efforts tellement tout semblait désespéré à l’extérieur de cette étreinte, et si naturel et évident à l’intérieur. Elle se sentait, pour la première fois depuis si longtemps, dans un lieu familier. Une place qui lui convenait parfaitement. C’était comme une habitude qui lui rappelait qu’elle devait être ici et nul part d’autre. Alors doucement, Meian se raccrocha à sa bouée de sauvetage, glissant sa main dans le dos de l’exorciste et agrippant l’étoffe noire de son uniforme. Elle sentit sa robe s’imprégner du sang d’Hikari, et bien qu’elle ne pouvait en voir la nouvelle couleur, il lui était facile d’imaginer la teinte qu’avait pris sa dentelle.

    Elle sentit sa sœur s’agiter contre elle, et réprima une grimace. Elle voulait la bercer dans ses bras, comme autrefois. Elle voulait caresser ses cheveux et lui dire que tout irait bien. Il était si difficile de faire croire au bonheur infini, lorsque l’on ne croyait plus rien nous même. Si difficile de faire croire au bonheur en ayant une voix emplie de chagrin et des cils que se perlaient de larmes. Il était si difficile d’avoir l’air forte lorsque ses mains tremblaient. Si difficile. Si difficile d’aimer. Le rire de sa jumelle la glaça, plus froidement encore qu’elle ne l’était déjà. Ses doigts s’ancrèrent plus violemment dans l’étoffe. Elle voulait se raccrocher un peu plus fortement à ce soutien irremplaçable qu’était sa sœur jumelle. À ce passé qu’elles avaient toutes les deux abandonné, mais que Meian retrouvait, lovée dans les bras de sa sœur. Sa si petite sœur. Sa petite sœur qui était devenu une arme, luttant contre des monstres plus horribles les uns que les autres. Des monstres difformes, et des monstres comme elle, comme Meian. Elle ferma les yeux, et sentit le visage de sa sœur s’enfuir dans son cou. Ignorer. Il fallait ignorer, oublier. Oublier le présent, le futur. Oublier la lumière, et les profondeurs ténébreuses. Oublier son corps tremblant. Oublier ses peurs et ses regrets. Oublier avoir aimer. Il fallait oublier et être comme elle avait toujours voulu être : à sa place. Avec sa moitié. Dépourvue de sentiments s’il le fallait. L’air matinal fit danser leurs mèches de cheveux qui se confondaient parfaitement.

    Mais le temps fut si bref. L’étreinte si éphémère.

    Ses doigts lâchèrent prise lorsque sa sœur recula. Ses yeux s’écarquillèrent. Elle ne sut quoi dire, le sourire serein que sa sœur lui offrait lui coupait le souffle. Elle était perdue. Lamentablement perdue. Elle s’en voulait tellement. Elle avait amené sa sœur jusqu’ici. Elle était venue jusqu’à la Congrégation de l’Ombre, emportant sa jumelle dans ses ombres pour fuir le danger. À présent, il n’y avait plus de danger. Il n’y avait que sa sœur. Elle et sa jumelle. À nouveau réunit. Mais elle ne savait déjà plus quoi faire.

    I know, I know that you're wounded
    You know, you know that I'm here to save you
    You know, you know I'm always here for you
    I know, I know that you'll thank me later


    …Elle disparue.
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    Choc.
    « Hi… Hikari… »

    Des secondes passèrent, et la jeune Noah resta immobile, comme si sa sœur allait réapparaître. Comme si ses yeux lui faisaient défaut, et que la lumière allait renaître devant elle, et l’enlacer à nouveau. Mais le temps s’écoula et rien ne se produisit. Ses mains, saisies par des tremblements incontrôlables, tâtèrent le sol devant elle. Rien. Elle lança des regards frénétiques autour d’elle. Les premiers rayons de soleil illuminaient calmement l’herbe humide. Les oiseaux ne chantaient pas. Le vent ne soufflait pas. Tout retenait son souffle, accompagnant le silence parfait de la gamine. Ses doigts lacérèrent le sol de frustration. Des doigts qui se faisaient troubles. De plus en plus troubles. Et ses yeux piquaient atrocement.

    « Non… Non ! »


    Good morning day, sorry I'm not there
    But all my favorite friends vanished in the air
    It's hard to fly when you can't even run
    Once I had the world, but now I've got no one


    Elle leva ses doigts sanglants et humides devant ses yeux. Leurs tremblements la terrifiait. Elle saisit sa tête, se balançant en avant et en arrière, fermant les yeux et se recroquevillant, se faisant petite, comme un animal apeuré.

    « Ne me laisse pas… Laisse moi te sauver… HIKARI ! »

    Elle hurla son prénom quelques fois. Sa voix devint rauque. Sa puissance s’amoindrit. Mais elle répéta son prénom, encore et encore. Son timbre cassé était le seul bruit qui accompagnait le levé du soleil. Il faisait du silence qui l’entourait une énormité.

    Took me down to the river
    So I could drown, drown, drown
    Looking up trough the water
    I kept sinking down, down, down


    Ne me laisse pas. Je voudrais te sauver. Je voudrais te pardonner. Je voudrais t’enlacer et te protéger. Comme autrefois. Ne me laisse pas.
    Je ne peux vivre seule. Je ne peux vivre incomplète.
    Alors reviens.

    Plus rien. Sa bouche, entrouverte, frémissante, avait perdu toute sonorité. Elle ne parvenait pas à être calme. Elle ne supportait pas le sourire serein de sa sœur, avant qu’elle ne disparaisse. Elle ne parvenait pas à souffrir silencieusement, immobile. Car sa sœur avait souffert. Et elle avait disparu. Comme un effet de lumière. Elle s’était envolée, comme un papillon éphémère. Elle était partit, comme ce soir, il y a deux ans déjà, lorsqu’on avait saisit sa main. Mais un départ plus soudain n’était pas plus facile a subir. C’était comme si le poids d’un océan entier s’était versé sur elle, et elle rejoignait doucement les profondeurs, levant un bras vers les rayons de soleil qui illuminaient la surface de l’eau. Mais elle sombrait, encore et encore. Toujours plus. Et rien ne l’en empêchait.

    « Emmène-moi avec toi ! Emmène-moi ! »

    I need to run far away
    Can't go back to that place
    Like she told me
    I'm just a big disgrace


    « Je t'en supplie... »

    Elle n’avait pas le droit. Ils n’avaient pas le droit. Et elle avait été suffisamment naïve pour croire que les choses se seraient terminées ce jour là. Que toute haine se serait envolé. Tout amour aussi. Qu’elle soit lavée, libérée. Libre. Libre de mourir pour de bon. De mourir sans que son fantôme ne soit perturbé par les horreurs que la vie lui avait laissé. Un cri déchira le ciel au-dessus de sa tête. Le cri plaintif d’un corbeau. Le volatil se laissa tomber jusqu’au sol, et n’empêcha sa chute qu'avant son impact. Il se posa dans l’herbe, repliant ses douces ailes sur son dos, et ses yeux d’un noir intense contemplèrent la jeune fille. Il s’approcha, d’un bond. D’un autre. Il agita ses ailes. Mais Meian ne le voyait pas. Ne l’entendait pas. Tout était chamboulé au plus profond d’elle. Tous ces sentiments qu’elle avait dérobés, toutes ses peurs qu’elle avait semées. Rien n’égalait ce qu’elle ressentait à présent. C’était comme si tout retombait sur elle en même temps. Et des ombres s’extirpèrent du sol, défiant le soleil. Des bras, des griffes. Qui n’en avaient que faire de cette gamine qui ne se contrôlait plus. De minuscules corbeaux, de petites ombres, s’envolèrent autour d’elle, repoussant le véritable oiseau qui poussa un nouveau cri de mécontentement et de tristesse.
    Désolée, corbeau. Tu étais si beau. Tu étais là. Mais il est temps de t’envoler. Comme moi. Pars. Pars loin. Laisse-moi. Si je dois être seule, que je le sois. Envole-toi corbeau, tu es si beau. Tu as toujours été là. Envole-toi. Oublie-moi. Oublie-moi comme tout le monde le fera.

    Ses émotions ne tenaient plus et les petits corbeaux s’en délectaient.
    Où était Hikari ? Où était-elle partie ? Se retrouveraient-elles une fois encore ? Se rejoindraient-elles bien après, lorsque tout serait finit ? Après la guerre et la douleur ? Après les larmes et les cris ? Se tiendraient-elles la main à jamais, si cette main n'était pas trop occupée ? Cela serait un rêve agréable. Oui, si agréable. Le sourire de sa sœur ne quittait pas son esprit. Non, rien ne serait serein. Rien. Tout n'était plus que chamboulement. Et bientôt, il n'y aurait plus rien.

    Hold up, hold on. Don't be scared. You'll never change what's been and gone.

    How I wish I could surrender my soul;
    Shed the clothes that become my skin;
    See the liar that burns within my needing.
    How I wish I'd chosen darkness from cold.
    How I wish I had screamed out loud,
    Instead I've found no meaning.

    I guess it's time I run far, far away, find comfort in pain,
    All pleasure's the same: it just keeps me from trouble.
    I've heard what they say, but I'm not here for trouble.
    It's more than just words: it's just tears and rain.

    How I wish I could walk through the doors of my mind;
    Hold memory close at hand,
    Help me understand the years.
    How I wish I could choose between Heaven and Hell.
    How I wish I would save my soul.
    I'm so cold from fear.

    I guess it's time I run far, far away, find comfort in pain,
    All pleasure's the same: it just keeps me from trouble.
    I've heard what they say, but I'm not here for trouble.
    Far, far away, find comfort in pain.
    All pleasure’s, the same: it just keeps me from trouble.
    It's more than just words: it's just tears and rain.


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MessageSujet: Re: Mon âme contre la tienne. Lun 28 Mar - 1:28

The Death is a Joke.

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Il pleuvait.
Ou il ne pleuvait pas.
Impossible de s’en souvenir.
Mais ce qui était certain : les yeux d’Evangeline étaient en pleine averse.

"Vole vole petite aile
Ma douce, mon hirondelle
Va t'en loin, va t'en sereine
Qu'ici rien ne te retienne
Rejoins le ciel et l'éther
Laisse-nous laisse la terre
Quitte manteau de misère
Change d'univers"


« Pardon ?! »

Komui demeurait immobile, tournant le dos à l’exorciste. Ce qu’il venait de lui annoncer était inadmissible. Impensable. Absurde. La Russe se leva brusquement, les poings serrés. La colère avait pris place sur son visage de porcelaine, teintant d’un rosé incertain les joues et le haut du nez du corbeau. Elle s’avança d’un pas, releva la tête et clama haut et fort.

« Komui, ne t’en fais pas, j’en fais mon affaire… personnelle. »

Le scientifique se retourna et sourit de manière gauche à la brune aux cheveux d’ébène. Un mélange d’inquiétude, de tristesse et d’angoisse se lisait sur son beau visage asiatique. Cependant, Evangeline ne rêvait pas à son joli minois ce jour là, mais plutôt à celle-là. La Noire. La Noah. L’affreuse monstruosité du Comte. Celle qui tentait en ce moment même de ravir le cœur innocent de sa chère et tendre… plus grande amie Hikari.

« Sois prudente. Elle est dangereuse.
- Je le sais bien, je l’ai déjà affrontée. »

Evangeline n’attendit pas la fin de la phrase de son grand Intendant, et sortit en trombe de son bureau. Elle emprunta au pas de course les longs couloirs de la Congrégation et passa devant sa chambre sans même s’y arrêter. S’arrêter. Jamais s’arrêter. Elle ne le pouvait pas. Elle ne pouvait pas faire attendre sa chère amie. Elle était en danger. En grave danger de mort. Son adversaire était redoutable. D’une puissance rare. Elle était dangereuse. Evangeline allait devenir elle aussi dangereuse.

Si jamais il lui était arrivé quelque chose.
Elle n’aurait pas juré de ses actes.

Sitôt sortie du grand bâtiment, elle bondit sur le toit et activa son innocence. Elle était d’un noir profond, audacieux, cruel. Ses yeux ne reflétaient que le ciel gris, chargé des malheurs de cette pauvre planète. Elle se foutait des passants. Se foutait des akumas. Elle pris son envol telle la faucheuse, et se dirigea en direction du combat. Elle pensait. Elle songeait au pire. Les scénarii se chevauchaient dans son esprit farfelu. Elle voyait sa chère amie déchiquetée, lacérée par Elle. Son visage déformé par la douleur et par la peine. La peine de ne pas avoir été sauvée. Elle qui faisait tant confiance à l’Horloge. La seule à qui elle avait accordé sa confiance. Evangeline tremblait. Elle ne pouvait pas l’abandonner, pas maintenant. Jamais. Elle ne pouvait pas tourner le dos et s’enfuir. Elle ne le pouvait simplement pas. Hikari… Toi, sa lumière. Hikari ! Toi qui l’as tant fait rire ! Evangeline pensait. Elle songeait. Les minutes s’écoulaient, elle volait vite.

Tic tac tic tac.
Une minute.
Cinquante secondes.
Trente secondes.
Tic tac tic tac.
Dix secondes.
Zéro seconde.

Le vide.
Le néant.
Le Silence.

Elle était là.
Elle n’y était plus.

L’aguille de l’horloge s’était arrêtée, figée.

"Vole vole petite sœur
Vole mon ange, ma douleur
Quitte ton corps et nous laisse
Qu'enfin ta souffrance cesse
Va rejoindre l'autre rive
Celle des fleurs et des rires
Celle que tu voulais tant
Ta vie d'enfant"

Le vent s’évertuait à racler le sol. Il balayait la vie, les corbeaux s’envolaient. Dans un tourbillon de ténèbres, elle se découvrait. Elle ne voyait rien, que du noir. Elle n’entendait plus, que du Silence. Elle ne sentait plus le vent remuer sa chevelure, elle s’abandonnait à sa vue. Elle. Oui, Elle. Elle se tenait debout, semblait désespérée. Seule. En cet endroit maudit. Seule, debout avec ses fautes et ses remords. Ses peines et ses regrets. Evangeline ne pouvait pas détacher son regard de sa silhouette cadavérique, ignoble, monstrueuse. Cette silhouette qu’elle connaissait si bien. Elle voulait s’avancer vers elle et lui passer les mains autour du cou. Mais non. Elle ne bougeait pas, jaugeait son malheur. Se délectait du désespoir sur le visage de l’autre. Cruelle. Sans pitié. Glaciale. Une machine.

Evangeline avait compris.

Elle avait deviné. Les larmes ne venaient pas.
Sèche. Comme une machine diabolique. Un monstre de plus. Deux monstres en cet endroit démoli. Deux monstres dans ces ruines de l’âme, du cœur et de l’amour. Deux monstres pour un cœur perdu. Dans ces ruines, un combat avait eu lieu. Un combat ancestral, entre deux sœurs. La Noire et la Blanche. La Noire se retourna et fit face au monstre de machine qu’était devenue Evangeline.

Meian.

Debout, sur un fil, le fil de la mort, du désespoir, de la dépression. Un oiseau de malheur qui avait fauché la colombe. Un vent mauvais qui noyait les navires. Une araignée, une veuve noire, qui tissait la toile de la calamité dans le cœur d’Evangeline. Désastre. Horreur. Ignominie.

Elles se faisaient face, ne disaient rien. Des visages placides, sans émotion.

Meurtre.
Sang.

-----
Hikari ! Hikari ! Regarde ce que j’ai trouvé ! Un papillon empereur ! Il est si beau, il te ressemble. Magnifique, sans défaut. Immaculé, parfait. Regarde toi, tu ne trouves pas qu’il est l’égal de ta splendeur ? Non, tu es plus belle encore ! Que ferais-je sans toi ma Hikari ? Tu régis mon cœur, presque comme une amante, mais c’est différent. Je te comprends, tu me comprends mieux que quiconque. Je te fais confiance et tu m’as accordé la tienne. En suis-je digne ? Je n’en sais fichtrement rien ! Mais foutaises ! Diantre que je me fiche de ce que tu vas me dire, ça ne changera pas mes sentiments pour toi ! Tu es là, à côté de moi, je tiens ta main dans la mienne, tu as les doigts brûlants. Fièvre ? Fièvre de l’amitié vraie ? Profonde ? Immuable ? Tes doigts au creux de ma main, je me sens vivre, tu fais battre mon cœur de tes innocentes veines. Tu es la Lumière qui a su me sortir de l’ombre d’où je vivais. Tu as illuminé mon cœur d’un incendie splendide, d’une gloire sans nom. Dis moi Hikari, est-ce possible qu’un jour, je m’acquitte de ma dette ? Tu as tant fait pour moi, j’ai tenté d’en faire autant pour toi. J’ai tenté de te faire rire, de te faire aller mieux. De te faire te confier, de t’adonner au bonheur comme tu me l’avais accordé. J’étais heureuse Hikari. Avec toi, avec Lavi, ton aimé. Je me sentais vivante. Libre. En quelque sorte, je t’appartenais, toi et tes fils d’innocence. Capturant mon être comme l’oiseau blanc saisissant sa proie. J’étais sous ton joug, sous ta volonté, je t’aimais Hikari. Peut être pas comme Lavi, mais à ma façon.
Je sens tes doigts aux creux des miens. Fins, longs, et brûlants. As-tu de la fièvre Hikari ? Es-tu malade ? Vas-tu mourir ?
Je ne sens plus tes doigts au creux de main. Je ne te vois plus. Je suis seule sur ce rocher, tu n’es plus là, tu as disparu.

Le papillon s’est envolé.

---

"Vole vole mon amour
Puisque le nôtre est trop lourd
Puisque rien ne te soulage
Vole à ton dernier voyage
Lâche tes heures épuisées
Vole, tu l'as pas volé
Deviens souffle, sois colombe
Pour t'envoler"


Implacable. Imperturbable. Le visage de plomb. Un diable. Un bourreau.
Une armure noire, fine et légère recouvrit le corps entier d’Evangeline. Elle bondit sans esquisser l’ombre d’une émotion.

Un choc. Un combat ? Je ne sais plus.

Elle se réveille, enfin. Elle voit ce qu’elle a fait. Des ruines, partout, des ruines. Du sang sur son bras, sur sa hanche, sa taille, au dessus de l’œil. Du sang qui ne lui appartient pas sur l’avant bras, qu’elle tient élevé. Elle regarde ce qu’il y a au bout de ce bras. Une femme. Elle porte admirablement la coupe courte et noire. Elle porte une jolie robe noire. Elle porte une jolie robe de sang noir. Le bras d’Evangeline la traverse. Meian relève la tête, elles se regardent dans les yeux. Quelque chose se passe. Un mot ? Un murmure ? Je ne sais pas. Une pensée ? Peut être.

Des corbeaux.

Elle se volatilisa. Elle se transforma en une multitude de corbeaux. Etait-elle morte ? Pour Evangeline, elle était morte. Meian avait rendu l’âme. Elle était partie, Eva l’avait chassée. Morte. Morte. Morte ! Tuée ! Anéantie ! MORTE ! PARTIE ! CHASSEE !

Evangeline tomba à genoux. Les bras les longs du corps, pendants. La tête tournée vers le ciel, les yeux opaques.

Elle percuta.

    Un long cri. Un horrible cri. Une horreur. Un râle ignoble, un hurlement de désespoir. Long, cruel, ne s’arrêtait pas. Des larmes. Des torrents de larmes. Le visage tordu de tristesse, d’anéantissement. Tordu de regrets, de peine et d’effroi. Elle l’avait abandonnée. Elle n’avait pas su la protéger. Elle était partie. Hikari. Elle n’avait pas su tenir son rôle. Elle avait échoué. Elle avait perdu. Perdu en duel contre la Mort. Perdu en duel contre la Vie. Contre le Comte. Contre le tout. Contre le rien.


Qu’avait-elle gagné ?

La gloire d’avoir tué un puissant Noah. La gloire d’avoir porté la croix de Dieu, d’avoir abattu. D’avoir tué. D’avoir assassiné. Mais ce qu’elle avait perdu était bien plus fort, bien plus important. Elle avait perdu une partie de son âme, une partie de sa vie. Un creux monumental se creusait dans sa poitrine, un vide, un manque. Elle avait tué pour la gloire de Dieu, de la Congrégation, de celui qu’elle aimait. Elle avait tué pour la guerre sainte. Mais elle avait…

...perdu Hikari.

"Vole, vole petite flamme
Vole mon ange, mon âme
Quitte ta peau de misère
Va retrouver la lumière"






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HRP : T______T *sniiiiif* // Lyrics : "Vole" de Céline Dion
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Mon âme contre la tienne.

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